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Transmission du virus à l'homme: la pièce manquante du puzzle?

Les recherches pour déterminer l'origine du coronavirus se poursuivent et des centaines de scientifiques de par le monde y consacrent leurs efforts. Pour le chercheur Meriadeg Le Gouil, qui coordonne un projet détudes des origines de la pandémie, personne n'est actuellement en mesure d'expliquer tous les détails de l'émergence de ce virus.

Pour cet éminent virologue et écologue à l'Université de Caen, membre du Groupe de recherche sur l'adaptation microbienne (Gram), on en est pour le moment réduit à des conjectures. Ce qui est certain, par contre, c'est que les scientifiques ont pu rapprocher le covid-19 d'un virus prélevé en 2013 sur une chauve-souris du Yunnan (une province chinoise), avec des similitudes génétiques à 96% entre les deux virus.

Mais comment expliquer que le nouveau coronavirus soit ensuite passé de la chauve-souris à l'homme? "Il manque une pièce du puzzle", juge-t-il. La transmission directe de la chauve-souris à l'homme, plausible, est peu probable, car il faut des contacts rapprochés, nombreux et fréquents, pour qu'un virus effectue un saut d'espèce. Or, la chauve-souris n'est ni élevée, ni consommée par l'homme. "A moins qu'on découvre un trafic absolument gigantesque de chauve-souris sur les trois dernières années", insiste-t-il.

Une autre hypothèse, nettement plus crédible, serait qu'un autre animal sauvage ait servi d'hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l'homme, explique Mériadeg Le Gouil. On n'a beaucoup parlé du pangolin, mais lui pense plutôt à la civette. Ce petit mammifère, aussi appelé chat musqué, avait déjà été évoqué dans le cadre de l'émergence d'une autre épidémie due à un coronavirus, le SRAS de 2002. "La civette, c'est un peu notre chevreuil, un plat consommé dans les grandes occasions", explique-t-il. "C'est un carnivore proche du chien et du chat (...) qui fréquente les grottes". Et qui peut parfaitement se nourrir d'une chauve-souris de temps en temps.

Autre détail troublant: l'élevage de civette aurait été multiplié par 50 dans les cinq ans précédant l'émergence du SRAS. Les civettes sauvages, entassées dans des fermes, auraient été le vecteur de l'émergence d'un variant de coronavirus, présent uniquement dans les civettes élevées par l'homme. Un scénario corroboré par le fait que la civette était une des dizaines d'espèces vendues sur le marché de Wuhan, ville d'où serait partie l'épidémie.

Curieusement, les scientifiques chinois, pourtant très actifs, semblent -raison d'état?- ne pas s'intéresser aux élevages de la région. "Je donnerais n'importe quoi pour aller échantillonner en Chine tous les types d'élevages qui étaient en cours dans la région il y a trois ou quatre mois", indique le chercheur, qui ambitionne d'étudier la prévalence, la diversité et l'évolution dans le temps des coronavirus chez différentes espèces dans le nord du Laos et de la Thaïlande.

Cela permettrait peut-être de "cibler les pratiques à risque" pour l'émergence des virus, tel que l'élevage de civettes. "Il y a évidemment un lien entre le débordement de l'humain sur la vie sauvage, la manière dont on interagit avec la nature, et l'émergence des pathogènes. On voit clairement les liens entre la santé des écosystèmes et la santé humaine."

(Léopold Marie avec AFP/Picture : Pixabay)

Léopold Marie

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Journaliste FR en mouvement perpétuel - Sports, mobilité, environnement

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