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Rachel Kéké, l'incroyable destin d'une femme de chambre devenue députée

La femme de chambre et syndicaliste Rachel Kéké, personnalité emblématique de la lutte des grévistes de l’Ibis Batignolles, a décroché un siège de député, dimanche au second tour des législatives avec 50,3% des voix. Elle a battu la candidate Ensemble!, l’ancienne ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

177 voix d'écart ont finalement envoyé Rachel Kéké à l'Assemblée Nationale. A quoi tient un destin, parfois ? Mais finalement, peu importe les chiffres. Dimanche 19 juin, Rachel Keke est devenue une représentante légitimement élue du peuple français et c'est tout un symbole.

Investie par la NUPES, cette femme de 48 ans a remporté une victoire historique et c'est sans doute un bain de jouvence pour la démocratie française de découvrir qu'une femme de son extraction peut accéder à une des fonctions les plus prestigieuses de la République. "Elle représente la République, une République qui a du mal à promouvoir des gens comme elle. C’est un petit miracle", s'est réjoui Sylvain Mailler, son directeur de campagne.

Quel chemin parcouru depuis que Rachel Keke remportait le 25 mai 2021 un conflit social symbolique face au groupe hôtelier Accor, avec 19 de ses collègues de l’hôtel Ibis-Batignolles, où elle travaillait. Vingt-deux mois de lutte syndicale avect au bout, une première victoire.

Mère de cinq enfants, installée en région parisienne mais née à Abidjan (Côte d’Ivoire), Rachel kéké est arrivée en France à 26 ans, après des troubles politiques dans son pays d'origine. Successivement coiffeuse, femme de chambre, puis gouvernante, elle est naturalisée en 2015 mais devient une de ces invisibles de la société française, relégués dans des boulots peu qualifiés, taillables et corvéables à merci. "Je suis la voix des sans voix", e-t-elle dit à plusieurs reprises

Durant le conflit qu'il a opposée à son employeur, elle a mis sous le feu des projecteurs médiatiques les zones d'ombre du libéralisme le plus cru : les heures supplémentaires non payées, les cadences infernales ou la violence de la sous-traitance, qui revient, pour elle, à de la "maltraitance".

"Nous ne sommes pas des rebelles, on veut juste notre dignité", a-t-elle lancé après son élection devant ses amis et soutiens. Son projet est désormais clair: "secouer le cocotier" à l'Assemblée Nationale.

(LpR / Picture : Ashwini Chaudhary via Unsplash)

 

 

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Journaliste FR @Tagtik - Rubriques politique - société - économie - conflits

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