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Le virus est-il entré en Belgique bien avant le carnaval?

A quelle date exacte les premiers porteurs (forcément asymptomatiques) du covid-19 sont-ils entrés en Belgique? Qui est le patient zéro? Ou plutôt qui sont les patients zéro? S'il est quasi certain qu'on ne connaîtra jamais la réponse exacte à ces questions, il est désormais plus que probable que les premières contaminations sur notre territoire remonte à avant les vacances de carnaval. Explications...

Faut-il, pour répondre à ces questions, se fier aux statistiques officielles? Certainement pas. En Belgique, le premier cas confirmé de test positif (à l'exception des rapatriés de Wuhan testés positifs pendant leur quarantaine à l’hôpital militaire) date du 1er mars, à la fin des vacances de Carnaval.

Mais il ne faut pas exclure "que le virus ait circulé en Belgique avant le 1er mars (...). Les premiers cas symptomatiques confirmés positifs par le centre national de référence datent du 1er mars", explique Sophie Quoilin, experte à Sciensano.

Ce premier cas officiel (le 1er mars, donc) concernait une personne revenue de France et testée à Anvers. "À l’époque, on parlait de l’Italie, de la Chine mais pas de la France. Elle ne correspondait pas aux critères pour être testée mais le professeur Goossens a pris l’initiative de faire le test et il était positif. Cela illustre bien les débuts chaotiques du dépistage en Belgique", pointe Raphaël Lagasse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’ULB.

Et de se souvenir de la valse hésitation et du manque d'instruction rapides et claires au début de la crise sanitaire: "Les gens qui revenaient d’Italie, on ne les testait pas du tout. Même les personnes qui revenaient de Chine n’étaient pas testées, à l’exception de celles qui revenaient de l’épicentre de l’épidémie. Et jusqu’à début mars, on a eu de quatre à six vols hebdomadaires de Pékin vers Bruxelles. Tout ceci explique que l’on a très peu testé avant début mars, et même début mars, c’était très limité", souligne-t-il.

Petit retour en arrière, qui après coup, peut semblee sidérant : début mars, seules les personnes symptomatiques revenant de Chine (puis d’Italie, un peu plus tard) étaient testées. Certains plaidaient d'ailleurs à l'époque pour que toute personne présentant des symptômes grippaux soient testées. Mais ils ont prêché dans le désert...

Mais alors, comment retracer le parcours du covid-19 et remonter la piste jusqu'à sa source (ou ses sources)? Via la génétique, répondent les experts. En comparant génétiquement des milliers d’exemplaires de virus, il est possible de réaliser une sorte d’arbre généalogique du coronavirus et de ses différentes lignées. En s'appuyant sur ces données, l’épidémiologiste Simon Dellicour (ULB) se borne à reconnaître que selon les analyses génétiques, "il est probable, voire très probable que le virus était déjà présent chez nous sous le radar avant les retours de vacances de Carnaval". Quand exactement? C'est pour le moment impossible d'apporter une réponse scientifique à cette question. Par contre, ses travaux montreraient que les entrées du virus en Belgique, même avant mars, ont été multiples et disséminées dans le pays.

"On retrouve des souches qui ressemblent très fort aux chinoises, mais on retrouve aussi des souches du Royaume-Uni, un assez grand nombre qui viennent de France - l’épidémie a commencé assez tôt là-bas, en particulier dans le Nord - des souches qui ressemblent aux italiennes et même du Canada et de la Russie. On peut dire à peu près certainement, en termes de probabilités, que la Belgique a importé des virus d’un peu partout dans le monde. Très probablement, en Europe, le virus a commencé à circuler début janvier et il n’a pas connu les frontières. Et la Belgique n’a pas échappé à ce mouvement. Très probablement, il y avait une circulation en sourdine, chez nous, durant la deuxième quinzaine du mois de janvier et tout le mois de février.", raconte-t-il.

Si, dans le tourbillon médiatique, on a beaucoup pointé du doigt l’Italie et les retours de vacances de Carnaval, "ce sont les cas que l’on a vu apparaître début mars et qui sont devenus les cas officiels."n anlyse-t-il. Mais d’autres pays, très nombreux, connaissaient déjà d'autres foyers épidémiques passés inaperçus et dont notre pays ne s'est pas méfié.

"Ce qu’on peut se dire à présent - mais c’est bien sûr facile de le dire a posteriori - à partir du moment où, le 31 décembre, la Chine a notifié à l’OMS qu’il se passait quelque chose de très important à Wuhan, tous les médecins généralistes en Europe auraient pu se dire : ‘tiens, quand je vois un patient avec une grippe qui tourne mal, je devrais penser à un cas possible de ce qui arrive en Chine’. Ils ne l’ont pas fait car on pensait que l’Europe était préservée, que l’on avait bouclé la ville de Wuhan et qu’on ne risquait rien.", analyse-t-il

"Et a fortiori, si on avait eu des tests et des tests en suffisance, on aurait pu boucler bien plus rapidement les petits foyers qui apparaissaient ici et là et on aurait pu aller beaucoup plus loin dans la prévention et dans le fait d’éviter ce qui s’est passé. Plus tôt on identifie les premiers cas, plus tôt on peut prendre les choses en main, pour isoler, par exemple." Notre pays aurait donc perdu un mois et demi, entre mi-janvier et début mars? "Je ne sais pas à qui il faut jeter la pierre - ou s’il faut jeter la pierre - mais on a perdu du temps."

L'histoire jugera..

(Léopold Marie - Source : La LIbre : Picture : Pixabay)

Léopold Marie

Léopold Marie

Journaliste FR en mouvement perpétuel - Sports, mobilité, environnement

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