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Flop de la loi contre le sexisme de rue

Les outrages sexistes sont le lot quotidien des femmes dans l'espace public. Pourtant, en 2018, la police fédérale n'a recueilli que 55 plaintes concernant cette forme d'agression. L'efficacité de la loi contre le harcèlement de rue est remise en cause.

Un sifflement dans la rue, une remarque déplacée,... ces outrages sexistes sont le lot quotidien des femmes. Pourtant, en 2018, la police fédérale n'a enregistré que 55 faits de sexisme dans l'espace public. Un chiffre surprenant si l'on se réfère à une enquête de l'association 'Vie féminine' qui indique que 98 % des femmes ont déjà été victimes de harcèlement de rue, indique La Dernière Heure.

Pour rappel, en Belgique, c'est suite au fameux documentaire "Femme de la rue", de Sofie Peeters, que la loi contre le harcèlement dans l'espace public a été initiée en 2012 par Joëlle Milquet (cdH). La loi a finalement été adoptée et est entrée en vigueur en 2014.

Cette forme d'agression inclut un large faisceau d'actes et de comportements qui vont de l'insulte sexiste à l'attouchement. Mais depuis l'entrée en vigueur de la loi, le manque de résultats se fait cruellement sentir.

Parmi les raisons de son faible succès, on pointe principalement une loi difficilement applicable. En effet, c'est à la victime d'apporter la preuve de son agression (la "charge de la preuve"). Mais comme les cas de sexisme sont les faits de personnes inconnues, il est souvent impossible à la victime de porter plainte. 

Michaël Jonniaux, commissaire divisionnaire à Etterbeek, bien conscient du phénomène, explique dans les colonnes de La Dernière Heure : "Il est très difficile d'identifier l'auteur. On peut prendre une photo mais ça ne suffit pas, il faut encore pouvoir identifier la personne et avoir des preuves."

Une autre raison de ce bilan peu encourageant se trouve dans les réponses à un questionnaire de l'asbl 'Vie Féminine'. La police y est jugée incompétente et ne semble pas préoccupée par les problèmes de harcèlement. Le commissaire fait l'aveu que tous les commissariats de police n'ont pas été formés. "Certaines zones ont travaillé là-dessus et d'autres pas encore", déplore-t-il.

Conscientes que cette loi est difficilement applicable, les associations féministes continuent le combat et militent néanmoins pour qu'elle ne soit pas jetée aux oubliettes. Viviane Teitelbaum, cofondatrice et présidente de l'Observatoire francophone des violences faites aux femmes défend ce point de vue dans le quotidien : "Sur le plan symbolique comme sur le plan légal, la loi de 2014 est importante. Elle envoie un signal essentiel qui est que le harcèlement de rue est inacceptable et permet de sensibiliser à cette question. La loi devrait toutefois être retravaillée".

Joëlle Milquet, initiatrice de la loi, n'est pas tout à fait du même avis : "Ce n'est pas la loi qui doit changer mais les magistrats. Le sexisme doit devenir une priorité pour les parquets, qui sont trop souvent débordés. Il y a une banalisation du sexisme, autant que du racisme. Et si vous êtes une femme étrangère, c'est encore plus difficile", déclare-t-elle.

De son côté, Michaël Jonniaux prend la défense des femmes : "Nous encourageons toutes les femmes à porter plainte parce que même si cela n'aboutit pas forcément, c'est un moyen de chiffrer et d'estimer l'ampleur du phénomène".

(FvE - Source: La Dernière Heure / Le Soir - Illustration Picture: Pixabay)

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