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Joëlle Milquet "gênée" pour les victimes du 22 mars

Joëlle Milquet, la conseillère spéciale du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, présente ce lundi son rapport final sur les victimes de terrorisme...

Après de longs mois de de travail et de rencontres avec des victimes ou des acteurs de différents États membres de l'UE, Joëlle Milquet, la conseillère spéciale du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, présente ce lundi son rapport final sur les victimes de terrorisme.

Ce document esquisse 40 recommandations pour un meilleur traitement des victimes d’actes intentionnels de violence, qu'il s'agisse de terrorisme ou d’autres crimes.

Interrogée par la DH, Joëlle Milquet a accepté de dévoiler les grandes lignes de ce rapport dont le principal objectif est de passer du principe de 'compensation', proposé actuellement aux victimes, à celui de 'réparation effective'.

"Aujourd’hui, l’aide aux victimes dépend du bon vouloir des États membres. Il n’existe pas de véritable droit à l’indemnisation. Selon l’endroit où on se situe, la victime doit se débrouiller pour se faire indemniser par l’auteur de l’acte, en entamant un processus judiciaire complexe, lourd et long. Et dans 90 % des cas, l’auteur est in fine, soit mort, soit insolvable. Le droit à l’indemnisation est reconnu au niveau européen, mais, concrètement, l’État n’intervient trop souvent qu’à la fin du processus judiciaire. Et pas systématiquement. Dans les 40 recommandations, on considère que l’État doit apporter cette indemnisation et que celle-ci ne doit pas être de l’ordre de l’assistance financière mais bien de la réparation du dommage", précise Joëlle Milquet.

Pour elle, il faut en finir avec le versement de sommes forfaitaires pour travailler au cas par cas. "Le dommage doit être évalué selon l’état de chaque personne, sans fixer un montant maximal. Et il faut surtout considérer l’ensemble des dommages. L’indemnisation ne doit pas être que pécuniaire. Croire qu’en versant de l’argent, on remplit son devoir, c’est faire erreur", indique-t-elle

Pour M.Milquet, il ne faut pas se focaliser uniquement sur l'aide financière et apporter aussi une assistance psychologique. "Il faut une sorte d’accompagnateur de la victime, dans toutes ses démarches et à long terme. L’aide post-traumatique est essentielle à l’évolution de la victime," plaide Joëlle Milquet qui défend l'idée d'un centre européen de résilience.

Il faudrait aussi, estime la conseillère spéciale, permettre aux victimes de se tourner vers leur État en cas d’attentat et ne pas attendre que celui où l’acte terroriste s’est produit, les indemnise: "Cela prend trop de temps, sans compter les frais de traduction, etc., imposés à ces victimes étrangères qui, bien souvent, finissent par abandonner les démarches, trop lourdes."

Parmi les autres recommandations du rapport, la création d'un point central d’aide aux victimes tant au niveau national qu’européen. "Il faut miser autant sur la sécurité que sur l’aide aux victimes" , dit-elle, citant la France comme exemple à suivre. "Il faut avouer que la Belgique a compté parmi les plus mauvais élèves en la matière. Certes, des avancées sont à retenir depuis les attentats du 22 mars, mais des efforts importants doivent encore être réalisés. Je suis gênée de la manière dont on a pu traiter des victimes."

(LpR - Source : La DH/picture : Belga)

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